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Le drapeau et la culture du mensonge

Le drapeau et la culture du mensonge

A. Kaouass

La culture du mensonge: La société rwandaise était hautement hiérarchisée du serf au roi. Pour s’attirer des faveurs de ses supérieurs on leur cachait la vérité ou on la déformait. L’intérêt majeur c’est d’être de l’avis de l’autorité, parentale, philosophique ou politique. Ubwenge, ce qui était considérait comme de l’intelligence. Dans la société connectée d’aujourd’hui cette culture a tout son sens. 

La lourde condamnation de la journaliste marocaine Hajar Raisouni avec son fiancé et le staff médical à la prison ferme de 1 à 2 ans pour avortement et relations hors mariage, graciés cet automne, est l’arbre qui cache la forêt et la misère de 600 à 800 jeunes femmes qui avortent tous les jours au Maroc dans des conditions parfois abominables. 50 000 enfants naissent hors-mariage chaque année, dont plus de 8 000 sont abandonnés immédiatement. En moyenne, 24 bébés sont jetés à la poubelle par jour, selon France info. En application de la loi en vigueur, chaque année pas moins de 220 à 290.000 femmes risquent la prison, soit 4 fois la population carcérale en France, et cela n’influence apparemment pas la pensée dominante imposée au nom des valeurs cultuelles et des traditions.

Le drapeau est sacré, pas le citoyen? Une autre condamnation, virtuelle celle-là, est celle qui a abattu sur une manifestante qui a brulé le drapeau marocain lors d’une manifestation parisienne au soutien des détenus du Rif et à la fin de la grève de la faim de l’un d’eux; Rabie El Abrak, un délit passible de 6 mois à 2 ans de prison et de 2000 à 20.000 euro d’amende environ.

Une vague de condamnations médiatiques largement amplifiée et orchestrée par le déploiement habituel des médias et pratiquement de l’ensemble des partis politiques réclamant un châtiment exemplaire de la manifestante rifaine et la déchéance de sa nationalité, une sanction à la mode depuis que certains pays européens l’appliquent à l’encontre des binationaux maghrébins.

Une association royaliste créée en 2011 pour contrer le Mouvement du 20 février qui menait le soulèvement, l’Association du mouvement royal des jeunes pour les Marocains à travers le monde, a même écrit dans un français approximatif et incompris au ministre de l’intérieur français, (voir l’illustration) réclamant l’arrestation et la condamnation de la manifestante traitée de “terroriste”. Un communiqué devenu la risée du net et des médias indépendants.

Terroristes, extrémistes, séparatistes, ennemis de la nation, opposants au régime, rebelles, des accusations souvent sans fondement pour détourner les regards sur l’essentiel. En France le traitement du mouvement des Gilets jaunes par la presse qui a volontairement braqué ses zooms sur les dégâts matériels et humains occasionnés et non sur leurs revendications est un exemple de la manipulation de l’opinion. La couverture médiatique outrancière de la grande manifestation anti-islamophobie de ce début novembre visant à discréditer les musulmans de France et à diminuer leur impact politique en est une illustration qui reste dans les annales.

Le revers de la médaille; à Tanger se sont des femmes qui déclarent à visage découvert leur désobéissance aux lois moyenâgeuses sur les relations sexués, voulant ainsi se disposer librement de leur corps et à  Rabat ce sont des lycéens qui ont souillé et brûlé le drapeau le lendemain de la manifestation de Paris.

La fantaisie patriotique: Face au tollé des critiques souvent racistes à l’égard des Marocains du nord, ce sont des milliers d’internautes qui dénoncent cet acharnement pour un “bout” de tissu selon certains, qui citent le drapeau américain souvent brûlé à travers le monde sans pour autant provoquer des infarctus chez les Américains.

L’un d’eux, Kamal El Abdellaoui, intitule son article sur l’origine de la sacralité du drapeau dans l’histoire, imposée par la classe bourgeoise dominante, “la fantaisie de la patrie et du drapeau”, il explique, que cette campagne d’indignation voulue, vise à camoufler la contestation populaire contre l’approche sécuritaire des mouvements de mécontentement au nord et ailleurs dans le pays. La pensée unique menée par les médias officiels vise à ignorer les faits. Il y a eu deux manifestations parisiennes ce jour-là aux mêmes moment et endroit, précise-t-il, l’une de 300 et l’autre de 3000 personnes selon les organisateurs, les ingénieurs des médias, selon lui, se focalisent sur la première où la  manifestante a brûlé le drapeau, pour masquer l’essentiel; le secours au détenu en grève de la faim et à la libération de ces jeunes manifestants qui  croupissent dans des prisons pour avoir dénoncé la corruption, le népotisme, l’injustice sociale, la pauvreté.., la marginalisation dont ils sont victimes. 

L’enfant du drapeau laissé pour compte: Il y a deux sortes de drapeaux, celui qui assure à l’enfant le confort, l’éducation et l’instruction dans des classes chauffées, les soins de santé, la fierté de la patrie, la protection sociale et une pension à ses aînés, il y a celui qui l’abandonne, l’affame, le réprime à l’adolescence, confisque sa liberté, la justice, la protection sociale, la dignité.., cet enfant là risque de bannir même les couleurs qui le composent. Il ne le porte que contraint et il le brûlera dès que l’occasion se présente, souligne-t-il. Pour détourner le regard des Algériens qui se soulèvent contre la dictature  le régime condamne 21 manifestants berbères de 6 mois à 1 an de prison ferme pour avoir exhibé, cette fois ci, le drapeau berbère dans une manifestation.

L’auteur cité salue cependant ceux qui manifestent leur amour à la patrie, mais leur amour doit être destiné au citoyen qui est plus sacré qu’un drapeau. Et pourquoi les interroge-t-il, ne réagissent-t-ils pas lorsque des citoyens s’immolent par le feu en signe de désespoir et de désarroi et lorsque les forces de l’ordre répriment des manifestants qui portent ce même drapeau. Au parlement arboré de drapeaux ce sont les mêmes familles qui y siègent depuis l’indépendance et mènent depuis la même politique.

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