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Rapport sur la mort de Mawda: les loups ne se mangent pas entre eux

Rapport sur la mort de Mawda: les loups ne se mangent pas entre eux

Le rapport du Comité P, police des polices belges, sur la mort de la petite Mawda, tuée lors d’une poursuite policière inexpliquée, sera en débat en commission au parlement ce début de semaine. Une enquête de Paris Match Belgique, qui a eu accès au rapport, est accablante. Elle révèle que le rapport n’a même pas auditionné les policiers impliqués dans cette triste affaire et n’aborde pas le vrai sujet; les tirs mortels, mais il se focalise sur les communications entre services et les dispatchings et là encore la police prétend qu’à cause d’un problème technique elle n’a pas l’enregistrement des échanges audio lors de la poursuite, ce qui rappelle tristement la soi-disant panne des caméras du consulat saoudien à Istanbul lors de l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi.

L’enquête de Paris Match épingle les premières conférences de presse du parquet de Mons qui voulait nous faire croire à un épisode de « Fast & Furious » et rappelle que la camionnette qui transportait des migrants irakiens ne roulait qu’à 90 km à l’heure. Elle parle de « mensonges patents d’un magistrat de presse, et de « la présentation contestable des faits par le parquet de Mons (la poursuite racontée à la presse de manière à ce qu’elle n’en comprenne par les différentes séquences) ..« 

L’hebdomadaire français révèlent que les déclarations des deux policiers impliqués dans la mort de la petite irakienne, deux ans, sont contradictoires et cela ne semble pas poser problème au Comité P qui est sensé faire toute la lumière sur cette mort suspecte et surtout sanctionner les responsables. La suspicion est de mise face au flou aux erreurs et aux ratés dans cette affaire qui ne suscite pas un grand émoi au sein de l’opinion publique malgré les réactions d’associations humanitaires qui ont suivies la bavure.

Voici des extraits de l’enquête de Paris Match Belgique:

« L’enquête de l’organe de contrôle porte « sur l’examen de la poursuite menée sur l’autoroute jusqu’au moment de l’incident de tir (celui-ci étant exclu, s’agissant de l’essence même du dossier judiciaire) ». Plus précisément, les enquêteurs du Comité P se sont focalisés sur des « problèmes en matière de communication et de coordination » au risque de noyer les députés dans d’innombrables considérations techniques sur des problèmes de connections entre différents dispatchings policiers et des voitures de police… Au risque aussi de faire passer le message – certainement faux – que l’affaire Mawda ne soulèverait, pour l’essentiel, que   des débats sur les défaillances de certaines communications radio pendant une course-poursuite.

Des « rencontres » plutôt que des « auditions »

Pour autant le rapport de 58 pages rédigé en 8 mois par le Comité P n’est pas totalement dénué d’intérêt. Il confirme nombres de points déjà soulevés par la contre-enquête menée par Paris Match Belgique durant ces dernières semaines. Il en va ainsi du cadre opérationnel dans lequel s’est déroulé cette mission de « contrôle spécifique des migrants » (dixit un policier) qui se termina par la mort d’une petite fille de deux ans. Le point n°33 du rapport – relu et validé par le Commissariat général de la Police fédérale – confirme que l’équipe de police attachée à la WPR Namur qui repéra la camionnette était « engagée avec une équipe du CIK Namur dans une opération Médusa ». Le comité P précise : « Lors des opérations Médusa menées par la WPR Namur, les équipes sont principalement orientées vers les phénomènes migratoires et notamment la montée de migrants dans les camions stationnés sur les parkings autoroutiers. Au cours de leurs patrouilles, les équipes sont également attentives aux vols « cargos », c’est-à-dire aux vols commis dans les camions en stationnement. »

Cette enquête du Comité P. a été menée d’une manière très administrative et, pourrait-on dire collaborative, voire conviviale. Il ne convient pas d’imaginer que les contrôleurs auraient longuement interrogé les policiers qui, à des titres divers, ont été impliqués dans cette affaire. Et encore moins qu’il y aurait eu de stressantes confrontations relatives à des déclarations éventuellement contradictoires. Les auteurs du rapport se sont contentés de lire les auditions déjà réalisées dans le dossier judiciaire, prenant pour option « d’éviter d’entendre ou réentendre » les « acteurs de terrain ».

Par ailleurs, le rapport s’est nourri de moult « rencontres » avec des cadres de la police fédérale (Directeur de la police fédérale de la route, Directeur coordonnateur administratif, Directeur de l’Académie nationale de police etc…) et avec des policiers tel par exemple « un panel des membres du personnel de la WPR (Police de la route) Hainaut et de la WPR Namur. » Toutes personnes qui reçurent des « questions écrites préparatoires » et, ensuite, des « comptes-rendus » leur « permettant de compléter et/ou de corriger leurs propos ». Enfin, « le projet de rapport d’enquête de contrôle a été communiqué au Commissaire général de la police fédérale afin qu’il puisse faire valoir son point de vue ».

Au même titre que la course-poursuite de l’affaire Mawda, menée à du 90 km heure de moyenne, n’a jamais rien eu de comparable avec un épisode de « Fast & Furious », comme voulait le faire croire les premières conférences de presse du parquet de Mons, cette enquête du Comité P ne doit donc pas renvoyer vers un autre imaginaire, celui d’œuvres cinématographiques qui mettent en scène des histoires de « bœufs-carottes » presque trop zélés.

Vu son angle d’enquête, le rapport du Comité P élude forcément des questions cruciales soulevées par les comportements troublants de certains policiers concernés par la gestion de la scène de crime et celle des premiers devoirs d’enquête sur le parking de Maisières : le parquet alerté par les agents plus de 40 minutes après l’interception de la camionnette et, initialement, sans mention d’un tir par arme à feu ; la thèse absurde de l’enfant-bélier qui accusait les migrants ; la blessure visible à l’œil nu sur le visage ensanglanté de la victime que personne ne vit ; l’hypothèse de la blessure par balle qu’aucun policier ne posa pendant de longue minutes alors que des agents présents sur le parking savaient qu’un coup de feu avait été tiré pendant la poursuite ; le ressentiment de certains enquêteurs montois qui se sont sentis « espionnés » et sous pression pendant les premières heures de l’enquête ; le fait que l’auteur du tir et son co-équipier ont circulé sur la scène de crime à la recherche d’indices sans réaction apparente de leurs collègues et alors qu’une zone d’exclusion judiciaire n’avait pas été créée…

Par essence, le rapport n’étudie pas non plus les dysfonctionnements attribuables à des magistrats : la décision qui a conduit à retarder l’intervention du Comité P sur le terrain (on parle ici des enquêteurs de cet organe de contrôle qui aujourd’hui encore travaillent dans le cadre de l’instruction judiciaire. Il s’agit de fonctionnaires qui appartiennent à une équipe différente de celle qui a rédigé le rapport du Comité P qui vient d’être déposé au parlement) ; la décision qui a conduit à la réalisation d’un premier rapport d’autopsie « téléphonique » de la victime ; des « erreurs », mais aussi la présentation contestable des faits par le parquet de Mons (la poursuite racontée à la presse de manière à ce qu’elle n’en comprenne par les différentes séquences) ; les mensonges patents d’un magistrat de presse ( le 18 mai encore, alors qu’un seul auteur était clairement identifié et que les éléments du dossiers ne renseignaient qu’un seul et unique coup de feu, fut encore évoqué la possibilité qu’il y ait eu deux coups de feu dont l’un, disait-on, aurait pu être tiré de l’intérieur de la camionnette, c’est-à-dire par les migrants).

Croire que les parlementaires de la commission de contrôle du Comité P soient en mesure de remplir un réel rôle de contre-pouvoir en éclairant ces zones d’ombre reviendrait à se bercer d’illusions. Seule une commission d’enquête parlementaire dotée des pouvoirs d’un juge d’instruction serait en mesure de démêler cet écheveau de dysfonctionnements suspects mais, quatre mois à peine avant les prochaines élections législatives, la création d’une telle commission est inimaginable. La vérité dans ce dossier dépendra donc du rapport de force politique qui sera créé par la prochain scrutin électoral, lequel permettra ou ne permettra pas la mise en branle d’une contre-enquête parlementaire digne de ce nom. »

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