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L’avant et l’après le Printemps

L’avant et l’après le Printemps

Basculer dans les ténèbres: Le Maroc se trouve dans une zone grise. Entre une Europe démocratique et des régimes dont les bruits assourdissants des bottes Portrait5étouffent et asphyxient. Si le maréchal autoproclamé du Caire se contente de ses propres tortionnaires et assassins casqués et d’une aide discrète de Tel Aviv, pour mater ses opposants, le dictateur de Damas, lui, en plus des milices iraniennes et de Hizboallah, défaits face à la résistance, il fait appel à « l’armée rouge », pour brûler ce qui reste des villes et villages qui ont osé le défier et réclamer leur liberté.

Au lendemain du 20 février 2011, officiellement le pouvoir au Maroc fait le choix de réformes et non de confrontations. Des réformes osées, sur papier en tout cas, et une tendance de transparence politique font apparition. Cinq ans après peu de réels changements sur le terrain. Le pouvoir reste concentré en dehors du gouvernement élu, la réforme de la justice peine à voir le jour, des lois antiterroristes, à la mode, fleurissent, le projet de loi sur la presse est flou, l’amazigh, deuxième langue du pays, n’est toujours pas d’application, les Marocains de l’étranger abandonnés au mépris de la nouvelle constitution..  « Qu’un coup de pouce pourrait propulser (le Maroc) au rang des démocraties et un battement d’aile suffirait à basculer dans les ténèbres », écrit l’éditorialiste Abdellah Tourabi. Et d’ajouter: « Longue et interminable transition, porteuse d’espoirs et de dangers. Angoissés chroniques, ces démocrates et progressistes pensent que leur voix est inaudible, qu’ils sont minoritaires, incompris et impuissants. Ils ne se reconnaissent plus en aucun parti, se méfient de l’État et ne voient dans la vie politique marocaine qu’une vaste vallée de larmes et de dépit. Et pourtant, ce sont leurs idées et leurs valeurs qui sont en train de l’emporter. »

Pour renverser l’ancien régime: La révolution française (les révolutions de 1789, 1848, 1969) citée souvent en exemple de combat des peuples contre l’autoritarisme, dont l’esprit est mis à mal aujourd’hui par une politique hasardeuse et discriminatoire de ces dirigeants populistes, obsédés par la politique spectacle et ses baromètres de 20 heures, n’était possible qu’après le chaos embrasant toute l’Europe. Il a fallu des guerres, dites guerres de la Révolution française, qui ont impliqué une large partie de l’Europe continentale, et provoqué la transformation des frontières et des États d’Europe. Ces conflits ont ensuite trouvé leur prolongement dans les guerres napoléoniennes. La révolte du peuple était nécessaire pour renverser le régime, mais il a fallu des décennies d’anarchie, de guerre civile, des putschs et des dictateurs;  Robespierre, Bonaparte..

Rien d’étonnant donc, si la révolution du « Printemps démocratique » de 2011 devra mettre du temps pour répondre aux inspirations légitimes des révolutionnaires et des peuples du Maghreb et du Moyen-Orient; liberté, pouvoir au peuple, fin de despotisme. « Le peuple veut le renversement du régime », tant scandé par des millions de voix dans les rues de Rabat à Muscat passant par Alger, Tunis, Tripoli, le Caire, Riyad, Bagdad, Damas, Manama. Compris par les uns et combattus par tous. Le « Mouvement 20 février » est mort proclament fièrement certains défenseurs de l’immobilisme et d’un nationalisme rétrograde. Le nom peut-être mais pas l’esprit de soulèvements spontanés sans leader, la volonté de changement de modèle politique et de gouvernance, la détermination de ne rien céder sur les droits fondamentaux, qui demeurent plus que jamais vivants.

Il y a l’avant et l’après le 20 février: Le Prince Moulay Hicham, cousin du roi Mohamed VI, pour qui le « printemps arabe » n’a pas dit son dernier mot,  conclue: « A ces débuts, le « printemps arabe » a fait voler en éclats les préjugés occidentaux. Il a mis à mal les clichés orientalistes sur l’incapacité congénitale des Arabes à concevoir un système démocratique et ébranlé la croyance selon laquelle ils ne méritaient pas mieux que d’être gouvernés par des despotes. »

Grâce au « Mouvement 20 février », les Marocains ont gagné leur révolution. Aujourd’hui les valeurs démocratiques sont comparées avec les voisins du nord (Espagne) et non du sud (Algérie). Le citoyen ne se laisse plus faire et devient de plus en plus exigeant. Fatima El Ifriqui, journaliste et militante acharnée des droits individuels dira que nous avons gagné la liberté, de parole, de presse, de choix.

Le pays est capable enfin de dire non, soixante ans après l’indépendance! Non à la France et à ses juges, souvent marionnettes des régimes en place. Non à la Suède qui se préparait à reconnaître le Front de Polisario à la solde d’Alger. Non à l’Union Européenne et à sa Cour qui n’aurait jamais rendu justice aux Imazighens du Rif arrosés par l’arme chimique allemande ni aux Algériens contaminés par les essais nucléaires français encore moins à d’autres habitants littoraux lésés par les accords de pêche et d’agriculture.

Le Maroc devra par conte dire non à une coopération avec l’UE qui cherche à caser ses prisonniers, à peser le soupçon sur ses ressortissants au nom de la « guerre antiterroriste », à déchoir des citoyens de leur nationalité pour leurs origines, ce qu’a fait savoir aussitôt l’Algérie. Dire non à l’USA qui n’a qu’à trouver d’autres camps de torture dans la région.

Les réformes tant réclamées par les foules se font à petits pas, trop petits certes, selon les observateurs indépendants, avec déception et espoir à la fois. Ce qui laisse croire que rien n’est acquis. Le pouvoir et les activistes; militants, ONG, jeunesses des partis politiques, savent que le processus déclenché ce 20 février 2011 est irréversible et qu’aucune autre alternative n’est possible à long terme, que la transparence, le pouvoir des urnes, et la fin des privilèges. L’élite aux commandes ne pourra plus compter sur cette croyance rappelée par le Prince; « Ils ne méritaient pas mieux que d’être gouvernés par des despotes », et par conséquent elle devra tôt ou tard composer et partager le pouvoir.

Il y a l’avant et l’après le 20 février.

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